Revue de presse (06/2021)
tandis que le mouvement locavore gagne du terrain. Les genssont à la recherche de pro- duits élaborés à côté de chez eux. Cesdeux as- pects conjugués ont un effet dynamisant et expliquent l'installation de plus en plus de brasseurs indépendants: c'est un effet boule de neige. » La première vague de création se situe dans les années 1990-2000, avec une cinquantaine de brasseries recensées, mais le gros boom a réellement eu lieu ces cinq dernières années. La bière connaît depuis un virage symbolique, passant du statut de pro- duit de consommation à un objet de dégusta- tion. En résultent des bières artisanales, avec une plus grande diversité de goûts et une montée en gamme. Au vu de leur popularité, les bières industrielles ont même pris la décision de répliquer, en diver- sifiant considérablement leurs offres et en changeant leurs stratégies marketing (voir le dossier sur l'actualité de la bière, enpage 24). Il est à rappeler toutefois que la démocrati- sation des bières artisanales passe égale- ment par l'élargissement de leurs canaux de distribution. UNEDISTRIBUTIONENCORE TRÈS LOCALE « Une petite dizaine de brasseurs indépen- dants bénéficient d'une distribution natio- nale, mais pour le reste des troupes, elle reste ultra locale», relève François Drouin. On retrouve dès lors leurs bières dans deux types d'établissement de CHR: les brasse- ries régionales, plus généralistes, qui vont chercher des produits locaux et non pas des produits spécialisés, et des bars àbières qui proposent une sélection pointue, plus typée. «En restauration traditionnelle, nous en sommes encore aux balbutiements; il y a un gros travail d'éducation àfaire auprès des professionnels », observe-t-il. Le succès des brasseries qui profitent d'une couverture nationale repose sur le fait que leur ancrage régional et leur caractère familial tendent à diminuer. Pietra, par exemple, réalise plus de 20 % de sesventes hors de Corse, Caste- lain vend dans tout l'Hexagone et la diffu- sion des produits de Brasserie de Bretagne (ex Britt) a largement dépassé les frontières bretonnes, avec une présence très forte en Ile-de-France. Pour les autres « petits », les distributeurs les intègrent encore très peu au sein de leur portefeuille, car ils com- plètent plus volontiers leur gamme de bières « spéciales » par des bières étran- gères. En cause, le prix plus élevé quand on passe à l'artisanat et la difficulté de propo- ser de grosses remises aux clients fidèles, comme le font les groupes industriels. C'est d'ailleurs sur le terrain de la commercialisa- tion et de la distribution que se joue la ba- taille entre les industriels et les artisans. Pour les aider, le Syndicat national des bras- seurs indépendants (SNBI) a été créé en juin 2016 dans le but de défendre leurs inté- rêts et de les protéger fiscalement. RECOMPOSITIODNUPAYSAGEBRASSICOLE La création du SNBI est venue bousculer le monopole détenu par l'association Bras- seurs de France. Le marché se ségrègue dé- sormais entre les gros brasseurs historiques produisant plus de 200 000 hl et les « pe- tits » (à ce jour 400 brasseries sont adhé- rentes au SNBI), qui se situent sous cette barre. La fracture est intervenue car les brasseurs régionaux ne se sentaient pas as- sez bien représentés par le syndicat histo- rique. « Chez Brasseurs de France, plus on paye de cotisations, plus on a de contrôle dans les décisions. Chaque entité n'a donc pas le mêmepoids. Il en résulte une associa- tion contrôlée avant tout par desgroupes in- dustriels», juge François Drouin. L'utilisa- tion du terme «artisanal» pour décrire certaines de leurs bières a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. « Il y a eu une prise de conscience, un collectif s'est for- mé pour réfléchir à la création d'une fédéra- tion syndicale représentative. » C'est dans ce contexte que le SNBI a vu le jour, avec pour objectifs de défendre les intérêts des bras- seurs indépendants auprès des pouvoirs publics, de coordonner des actions régio- nales, de travailler sur le statut propre au brasseur artisan et de développer un label pour promouvoir l'image de la bière artisa- nale française. Sur ce dernier point, c'est d'ailleurs chose faite, avec le lancement, très récemment, de la marque « Brasseur indépendant » : «• Ce label, qui répond à des critères stricts de qualité et de transparence, a pour vocation d'éclairer le consommateur afin qu'il puisse distinguer les bières indus- trielles, lafausse bière artisanale et les vraies bières locales produites par des indépen- dants», explique le président du SNBI. Toute cette ébullition autour de la bière ar- tisanale a le mérite de doper le marché dans son ensemble et de restructurer l'offre. # Nouvellebible de la bière artisanale en France Les brasseries artisanales et régionales ont désormais leur guide, avec le Rigal dela bière. Élaboré par Sonia Rigal, cet annuaire est un véritable outil pour le professionnel, puisque toutes les brasseries produisant moins de 200 000 hl sur le territoire français y sont recensées. On les retrouve tout au long des 1258 pages, classéespar région, puis par département. L'histoire de la brasserie, la forme juridique, les effectifs, letype de production, les circuits de commercialisation, lesjours et horaires d'ouverture, ainsi que les différents brassins produits sont autant de données disponibles. Le guide peut être commandé sur le site lerigaldelabiere.fr,38 €. ANNUAIRE DES BRASSERIES ARTISANALES:. Tous droits de reproduction réservés PAYS : France PAGE(S) : 20-21 SURFACE : 248 % PERIODICITE : Mensuel DIFFUSION : (47000) JOURNALISTE : Pauline De Waele 1 mai 2019 - N°226 P.33
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